Histoire de la vanille

NAISSANCE DE LA VANILLE BOURBON

ile de la reunionC’est à l’île de La Réunion que l’on pensa pouvoir réaliser les premières cultures de liane de vanille. Concernant les introductions successives, une certaine polémique amusante sévit dans les archives de l’île. Qui est à l’origine de la première introduction présente peut-être un intérêt historique mais savoir d’où provenaient les boutures est tout aussi important. La vanille fut signalée en Martinique, Guadeloupe et Guyane dès 1724. Elle aurait été importée en France pour la première fois en 1793 par Miller ou Millier. G. Bouriquet nous dit que s’il s’agit de Philippe Miller, le jardinier, cela n’est pas possible puisqu’il est mort en 1771. En Guyane, la France est installée depuis le traité de Breda en 1667. La forêt amazonienne abrite de nombreuses espèces de lianes de vanille dont certaines portent des « gousses » très aromatiques. Les indigènes Wayampis en font même des colliers. C’est donc tout naturellement depuis ce territoire que l’on envisage d’importer des plants et boutures afin de réaliser des essais de plantation à La Réunion.Pierre Henri Philibert, officier de marine, né à Saint Denis de La Réunion ramène à bord de ses navires de nombreux échantillons de végétaux récoltés lors d’un long voyage dans toutes les mers du globe. Nous sommes le 26 juin 1819 à Saint Denis. M. Perrotet, jardinier, botaniste est à bord. Et parmi les échantillons végétaux il y a des boutures de vanillier. C’est pendant l’escale à Cayenne que Philibert s’est procuré ces boutures auprès du Gouverneur Cabra Saint- Cyr. D’après Delteil (Paris 1902) ces boutures auraient été prélevées dans l’ancien domaine du Général La Fayette, « La Gabrielle ». Ces plants, confiés à Perrotet pendant le voyage de retour arrivèrent à La Réunion en bon état. Ils furent alors répartis entre le Jardin Colonial et plusieurs cultivateurs.

PHILIBERTcmjnSelon le récit de Philibert, il y aurait eu parmi ces échantillons plusieurs espèces de vanille, sans autres précisions. Est-ce que la Variété « fragrans », spontanée en Guyane en faisait partie ? A peine revenus de ce long périple, les voilà repartis. En juillet 1819, le capitaine de vaisseau Philibert et Perrotet quittent La Réunion pour la Nouvelle Hollande. C’est au cours d’une escale à Manille aux Philippines que Perrotet fera une heureuse découverte : « Je rencontrai dans mes excursions scientifiques, au milieu des forêts vierges qui couvrent les montagnes et les colonies de cet admirable pays et en face de la Cueva de San-Matheo, à environ 30 milles de Manille une autre espèce de vanillier qui me parut nouvelle ; elle grimpait sur des touffes de grands bambous, sur les arbres les plus élevés et formait de l’un à l’autre de vastes guirlandes qui retombaient en festons. … je fis une ample moisson de ces longues tiges charnues.. ». Le traitement pour le voyage fut préparé avec soins. A. Delteil, dans « Etude sur la Vanille » nous explique la technique employée : « …Monsieur Perrotet prit des tiges de 4 à 5 mètres de longueur, les roula sur elles mêmes en forme d’anneaux circulaires et les coucha horizontalement à la superficie du sol des caisses, qu’il se contenta ensuite d’arroser modérément pour empêcher le tissu organique des lianes de se dessécher.

Les caisses étaient recouvertes d’une toile métallique serrée pour les mettre à l’abri du soleil. Elles arrivèrent à La Réunion après deux mois et demi de traversée, dans un parfait état de conservation, ayant même poussé des vrilles et des bourgeons. » C’est donc le 6 mai 1820 qu’a lieu cette seconde introduction. Une partie des boutures est confiée à M. Breon, botaniste du Jardin du Roi. L’autre partie fut repartie à de nombreux cultivateurs et naturalistes, notamment M. Joseph Hubert. Dans son ouvrage référence, G. Bouriquet nous précise : « Selon Volsy Focard dans “ Introduction et fécondation du vanillier à l’île Bourbon. St Denis 1862 ’’, ces vanilliers auraient disparus, ou plutôt que le vanillier apporté de Cayenne et appelé grosse vanille résista parfaitement à la transplantation tandis que l’autre espèce provenant de Manille, la petite vanille mourut presque aussitôt après sa mise en terre. » Une troisième phase d’introduction est l’oeuvre de l’Ordonnateur de Bourbon, M. Marchant, qui, profitant d’un voyage à Paris en 1820, fait une visite au Muséum où se cultive depuis longtemps la vanille du Mexique « vanilla fragrans ». M. Bosc, responsable du Jardin du Roi aurait alors confié à Marchant quelques boutures de « Vanilla Fragrans ». Ces faits sont confirmés par le courrier que Marchant adressa à Joseph Hubert (un des premiers habitants de l’île à avoir reçu des boutures de Manille) le 15 septembre 1822. Ces boutures auraient voyagé au retour vers La Réunion sur un navire commandé par David De Floris. Ce dernier, devenu cultivateur, publia en 1857 sa Notice du vanillier : « Une longue expérience sur la culture et la préparation de la vanille, les encouragements et les récompenses qui m’ont été donnés par le Gouvernement de la colonie et par celui de la Métropole et surtout le désir de me rendre utile à mes compatriotes m’ont fait penser que je pourrais être suffisamment autorisé à livrer à la publicité ce petit travail.. » Nous verrons plus loin que M. De Floris a largement participé à la mise au point de la préparation de la vanille. Donc David De Floris écrit « Le vanillier a été introduit ici en 1817 (?) par Monsieur Marchant, ancien Ordonnateur de la Colonie. Je commandais alors le navire sur lequel il prit passage de Maurice pour Bourbon, à son arrivée de France, et j’avais à mon bord les deux grandes caisses vitrées où étaient renfermés différents plants que M. Marchant portait pour le Pays. C’est donc à M. Marchant que nous sommes redevables de cette plante si recherchée et si productive, et c’est à M. Freon que nous devons sa propagation. Bien sûr cette affirmation amena les protestations de Perrotet depuis Pondichery où il se trouvait alors. La polémique qui suivra insiste sur les dates et vraisemblablement De Floris fait une erreur en citant 1817, mais du temps a passé depuis ce fameux voyage.

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Mais encore une fois, le renseignement important est de savoir quelle espèce s’est développé sur l’île. Les informations relevées par G. Bouriquet sont les suivantes : Les boutures ramenées par Marchant furent placées, une partie au jardin colonial qui ne poussera pas et une autre partie dans une propriété appartenant à Marchant ou sa famille, chez M. Freon à « Belle eau ». En 1860, Volsy Focard écrit « On voit encore à la propriété « Belle eau », la liane mère de la grosse vanille donnée par M. Philibert en 1819 et la caisse dans laquelle furent apportées de Paris à Ste Marie en 1822 par M. Marchant, les plants de la petite vanille ». Dans le procès verbal de l’Assemblée des professeurs du Muséum de Paris, en date du 19 mars 1828, signé par Desfontaines, Geoffroy St Hilaire, Brongniart, Bosc, Langier et A. Jussieu, on trouve cette indication : « M. Bosc annonce qu’un pied de vanille a prospéré dans l’île Bourbon où l’on a déjà levé 200 boutures et où il a fructifié (cas rare d’une pollinisation naturelle !). Pour M. Delteil et la majorité des auteurs, c’est l’introduction de M. Marchant qui devait bientôt permettre la culture du vanillier dans le Pays. Pendant toutes les années qui suivirent, cette plante fut propagée comme plante d’ornement puisqu’elle se refusait à produire des fruits. Pour calmer la polémique on peut admettre que la première introduction est l’oeuvre de Philibert puisque la grosse vanille est toujours présente à « Belle eau » en 1860. Par contre la propagation par bouture s’est faite à partir des lianes de Vanille mexicaine (V. Fragrans) ramenées par M. Marchant du Muséum.

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